S'inspirant principalement des travaux menés dans le cadre des études culturelles britanniques et américaines, l'article se propose d'étudier les processus de popularisation et de récupération d'une musique originairement déviante et dissidente (le rap) par le marché économique. De la marge au centre socioculturel et artistique, la musique rap est dorénavant, et ce depuis le milieu des années 80 aux États-Unis (10 ans plus tard en France), l'un des principaux maillons de l'industrie du disque. Sans pour autant renier son caractère sulfureux et frondeur (dans les comportements et les mots), une grande partie de la production de rap est devenue un élément musical conforme. Prenant en compte deux contextes nationaux (France et États-Unis), l'étude décortique les logiques libérales (socioculturelles, économiques et politiques) qui ont accompagné et/ou récupéré le phénomène populaire autour de ce genre musical contestataire, mais souligne également les compromis que les artistes doivent observer (volontairement ou malgré eux) pour s'adapter aux canons du commerce.